Trois sages aux Folies Bergères

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Trois sages aux Folies Bergères

Non, vous n’avez pas rêvé, il s’agit bien du moine bouddhiste Matthieu Ricard qui fait l’affiche des Folies Bergères, ce mercredi 13 janvier, en compagnie du psychiatre Christophe André et du philosophe Alexandre Jollien. Réuni sur cette prestigieuse scène le temps d’une conférence organisée par Rencontres Perspectives, le trio vient en effet présenter à un public, nombreux et déjà conquis, son dernier livre « 3 amis en quête de sagesse ». Trois amis dont la complicité éclaire d’emblée la scène.

La sagesse ? Très simplement, elle est ce qui nous éclaire dans notre vie quotidienne. Alexandre Jollien précise que dans l’étymologie du mot, il y a saveur et que nous devons donc constamment nous demander ce qui donne de la saveur à notre vie. Il est indispensable, selon lui, de savourer le pur plaisir d’exister. Mais si la sagesse ne nous unit pas aux autres, elle ne sert absolument à rien. Il énonce dans un style à la fois tendre et direct : « la sagesse, c’est peut-être de savoir que ce soir on peut tous claquer et donc de se demander ce qui est essentiel ici et maintenant ». L’impermanence est débusquée, le public exulte ! Matthieu Ricard, dans le rôle du grand frère bienveillant, rappelle alors à l’auditoire que c’est « la motivation qui donne la direction de chaque jour et qu’il est important de définir ses objectifs chaque matin. » Ses deux comparses racontent alors comment  Matthieu leur a vraiment fait faire cet exercice quotidiennement lors de la quinzaine passée dans le Périgord à échanger ensemble pour préparer le livre : se questionner chaque matin – et parfois aussi chaque après-midi !- pourquoi ils avaient décidé d’écrire ces pages. Etait-ce pour leur gloire, pour gagner de l’argent ou était-ce vraiment pour être utile aux autres ? Et, c’est à cette unique condition que l’aventure pouvait continuer.

Le plus philosophe des trois cite alors Nietzsche pour étayer leur démarche altruiste : « la meilleure façon de commencer la journée est de se demander comment on va pouvoir faire du bien aux autres ». A cette fin, Alexandre recommande d’accueillir l’autre tel qu’il est, de l’aimer inconditionnellement, sans aucune réserve. Il appuie ses paroles d’un regard admiratif et aimant tourné vers Matthieu Ricard qui rebondit en conseillant au public non seulement de s’ouvrir à l’autre mais surtout d’abandonner l’obsession de vouloir gérer le monde et de vouloir le conformer à ses désirs. Car cela génère beaucoup de souffrance, laquelle est certes indésirable mais cependant inévitable dans nos vies. « La vraie question est de nous demander ce que nous allons faire de cette souffrance », ponctue Matthieu.

A ce mot de « souffrance », le thérapeute Christophe André s’anime. Sa vocation de médecin est teintée d’une extrême générosité et d’une profonde compassion, la douceur de sa voix s’en fait pleinement l’écho. Il explique comment il invite ses patients « à ruminer davantage leurs émotions positives. Quant aux émotions négatives, telles que la colère, la jalousie ou la peur, en travaillant sur l’altruisme, on peut réaliser que ce sont des expériences universelles, que nous ne sommes pas les seuls à souffrir et qu’en fait la souffrance fait partie intégrante de la vie ». Alors, il y a de fortes chances pour que peu à peu il n’y ait plus d’embrasement de nos émotions négatives, qu’elles soient du coup moins récurrentes et moins violentes.

 


Alexandre, qui aime interpeler les esprits et aussi faire rire, utilise alors une image qui fait immédiatement réagir la salle : « dans la bulle de l’égo ça sent le renfermé, clame-t-il. En effet, dans la souffrance, on se recroqueville sur soi, alors le premier pas à faire c’est le détachement, c’est-à-dire mettre de la distance entre soi et les émotions qui nous envahissent. » Et de citer Spinoza : « C’est la joie qui mène au détachement et c’est là où l’égo s’éclipse. » En gros, il faut savoir se dépouiller et éviter de se croire le centre du monde. Matthieu Ricard l’approuve en parlant du fonctionnement de l’altruisme : « Tout comme je souhaite ne pas souffrir, je souhaite aussi que les autres ne souffrent pas.» Il est si bon de penser à eux.

Christophe André semble, lui, un peu moins sévère vis à vis de ces questions d’égo. « Car à la racine de la souffrance, il y a d’abord les violences qu’on s’inflige à soi-même. On voudrait être parfait, alors on pratique l’auto-dévalorisation. On est même parfois capable d’une grande violence par rapport à soi ». Il est alors important de réparer l’égo, c’est-à-dire de restaurer une bonne estime de soi –c’est ce qu’on appelle la pratique de l’auto-compassion en psychologie- avant de pourvoir s’ouvrir à l’autre.

Le philosophe, de son timbre à la fois fragile et sensible, replace alors l’existence humaine dans une démarche de progrès qui lui donne tout son sens, développant la notion si chère à son cœur de « progredientes », un mot latin qui désigne tous ceux qui sont en train de travailler, de progresser. En conséquence, dit-il, « on peut être dans la joie même si on a des blessures ». A ce propos, le psychiatre explique que « notre mental surajoute beaucoup à la souffrance », c’est ce qu’il appelle la part inutile de la souffrance dont il faut se débarrasser pour aller vers la part réelle de la souffrance. Et nous pouvons tout à fait mesurer nos progrès dans ce domaine en voyant baisser la part de souffrance que nous infligeons aux autres. Ceci devient possible parce qu’à l’échelle des années, nous devenons plus attentifs à eux. Le moine bouddhiste parle, lui, d’une véritable transformation de soi, nous enjoignant à nous transformer pour devenir un meilleur être humain pour nous-mêmes et pour tous les autres êtres sensibles.


Christophe André poursuit et témoigne à nouveau de son expérience à l’Hôpital Sainte Anne. Lors de ses consultations, il suggère aussi à ses patients d’accepter et de savourer la vie alors même que subsistent des souffrances. Il leur propose d’utiliser la méditation qui les aide vraiment à accepter tout ce qui est imprévu dans la vie. En effet, elle permet de nous rendre présents à nous-mêmes, et en premier lieu à notre souffle qui, lui, est toujours là, en toutes circonstances. A cette présence qui nous ramène à l’instant, Matthieu Ricard préconise d’ajouter l’exercice des dix secondes de bienveillance toutes les heures et de penser « puissent tous les êtres s’épanouir dans l’existence, être en bonne santé et être heureux » puis de reprendre son activité et de recommencer dans l’heure suivante. « C’est comme avec une bouteille de parfum, explique-t-il, quand vous l’ouvrez, le parfum s’échappe et reste dans la pièce. Si vous le faites suffisamment souvent, cela change peu à peu l’atmosphère.  « Donc au lieu de méditer de grandes périodes, méditez de courtes périodes mais répétées dans la journée, conclue-t-il dans un généreux sourire. Alexandre Jollien lui aussi recommande l’exercice spirituel de la méditation : « juste être là et voir qu’on non-médite en permanence. Quand on est assis à méditer, on voit toutes nos pensées, « qu’est-ce que je vais faire ce soir ? Etc…» On peut considérer toutes ces pensées comme des nuages et les laisser passer. Finalement, ne sommes- nous pas appelés à être comme du téflon, alors que nous sommes souvent du velcro ? Savoir juste être là et laisser passer ce moment de vie sans accrocher », conclue-t-il devant un public conquis et enthousiaste.

Quand les lumières se rallument après avoir partagé ensemble une courte méditation, nos cœurs débordent d’énergie, avec la furieuse envie de poursuivre ces échanges, de nous nourrir encore et encore, au travers du livre de ces trois sages mais également de mettre en application quelques-uns de leurs précieux conseils dans notre quotidien. Une phrase, ultime recommandation de ces « amis dans le bien » résonne dans nos têtes, nous l’emportons tel un inestimable trésor, le voici : puissions-nous chaque jour au réveil faire le souhait d’être une personne bienveillante dans chaque acte que nous allons poser. Simple, sage et pourtant terriblement efficace !

 

Texte : Dominique Butet* pour Rezozen
Photographies : Olivier Adam**

Rencontres Perspectives

 

 

Trois amis en quête de sagesse Christophe André, Alexandre Jollien et Matthieu Ricard

L'Iconoclaste - Allary éditions 2015   Prix : 22,90€

Amazon  - Librairie Decitre

 

 

 

 

*Dominique Butet est journaliste et co-auteure du livre La méditation pour les enfants - Marabout 2016. Elle publie régulièrement sur des sujets relatifs aux nonnes et au bouddhisme.

**Olivier Adam est journaliste photographe

 

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