Traces et marques – la lettre de Sylvain de Janvier 2016

Retour à l'expert

'année 2016 sera-t-elle l'année de la décroissance ? Allons-nous retourner vers la simplicité de la nature ? Nous réapproprier enfin le temps de vivre ? Retrouver le sens de la vie, acquérir les savoir-faire de la nature, si proches de nous et vivre en autosuffisance ? Contribuer à une économie durable grâce aux monnaies locales ? Ou encore décoloniser nos imaginaires grâce à la pensée vivante comme le propose Serge Latouche * ?

 

 

Voilà ce que j'étais en train de penser , hier, alors que on présentait à table une immense galette des rois, sucrée et beurrée à souhait. D'abord les festivités de Noël, le foie gras, les viandes, la barbarie ordinaire de notre civilisation, puis la soirée du réveillon avec ses huitres et ses langoustines, et maintenant de grandes galettes rondes écœurantes remplis de graisses saturées et d'additifs alimentaires. Cela ne fait même pas deux mois que nous avons vécu ces événements à Paris et que l'existence de tant de personnes a été brisée, deux mois que mon amie à la terrasse du café courait pour sauver sa vie sous les détonations des armes automatiques. Est-ce que nous vivons réellement dans la réalité, ou alors vivons-nous dans une illusion perpétuelle, ou encore est-ce que notre monde psychique ne serait pas recréé chaque matin de toutes pièces, comme dans le scenario bizarre de ce vieux film de science-fiction "Cité Obscure"?

 

Est-ce que nous sommes encore présents à notre propre vie, à notre propre histoire? Je me disais à moi-même que, à force de passer des journées entières avec les chevaux en pleine nature, j'ai commencé à prendre, sans m'en apercevoir, un mode de vie très frugal, proche de la nature et de ses ressources. Je ne suis plus vraiment un citadin. Peut-être même plus très apte à vivre en société des humains.

 

La grande galette jaune luisant de graisse portait en son centre une petite étoile stylisée, une sorte de  symbole solaire, un cercle entouré de traits irradiant en étoile, sans doute une référence assez lointaine et plutôt approximative à la mystérieuse étoile que les rois mages auraient suivie le jour de l'épiphanie.

 

C'est un fait qui n'est pas très connu de nos jours que la date de Noël n'a été fixée au 25 décembre que après le 7e siècle, et encore, uniquement pour contrer les sectateurs des religions préchrétiennes d'Orphée. C'est Orphée qui était né un 25 décembre, d'une vierge, et qui était appelé Le Bon Pasteur. Son compagnon était un centaure, un être à la fois animal et humain, l'ancêtre et l'archétype de tous les thérapeutes, un centaure guérisseur qui détenait la connaissance à la fois les forces de la nature et des profondeurs de l'âme humaine. Les animaux et les esprits de la nature se pressaient autour de lui, car ils savaient que la mission d’Orphée était de rétablir l'harmonie et l'état de bonheur libre de tout conditionnement qui est l’héritage de chaque être humain.  La période de 12 jours entre le 25 décembre et le 6 janvier était jadis une des plus importantes de l'année, parce que c'est durant ces 12 jours que la lumière que l'on croyait vaincue par la sombre obscurité prépare sa renaissance. La petite étoile tourne et se retourne, elle germe, et, le douzième jour, alors que l'on croyait que tout était perdu et que l'obscurité allait régner éternellement, elle scintille d'abord très doucement, puis  envoie vers le haut ses rayons mystérieux.

Alors,  le cercle se referme, pour recommencer un nouveau cercle. C'était la fête du Sol Invictus, le soleil que l'on ne peut pas vaincre. C'est le grand cercle de médecine solaire que j'avais vu lors  de mes rencontres avec les hommes médecine des traditions amérindiennes, au sud-ouest des États-Unis. Tous, ils disent que le cercle de médecine, le grand cercle des quatre directions, a été brisé par l'homme blanc, pas tellement parce que l'homme blanc leur a volé leurs terres, mais parce que l'homme blanc est possédé par sa pensée matérialiste. Les hommes blancs, disent-ils, ont oublié qui ils sont, ils ne vivent plus dans la réalité.

 

Mais bon, je me disais que, déjà comme ça j'ai la réputation d'un activiste pour la cause des chevaux, et si je me mets à casser l'ambiance de la galette des rois, je vais vraiment passer pour un vieil intolérant donneur de leçons. Alors je ne disais rien. Je restais silencieux. Je commençais un combat difficile, le combat de la non lutte intérieure, le "Grand Djihad", comme disent ceux qui connaissent les aspects authentiques de l'Islam, l'effort intérieur de celui qui a décidé, quoiqu'il lui en coute, d'accepter l'autre, de comprendre l'autre, d'abandonner le plaisir égoïste et solitaire d'avoir raison.

 

Les chevaux ont sur le chanfrein une petite étoile de poils rayonnant, un petit vortex souvent centré sur une tache de couleur différente, la liste. Dans les campagnes, la sagesse populaire attribue à la forme de cette liste sur le front d'un cheval les caractéristiques particulières de sa personnalité. Je ne sais pas si les chevaux sont informés de cet ancien savoir, mais le fait est que, bien souvent, ils approchent leur chanfrein du visage de celui qui cherche à deviner la signification de leur langage mystérieux. Je l'ai souvent observé avec des patients, lorsqu'ils recherchent au tréfonds d'eux-mêmes les sensations et les émotions cachées dans leur corps. Soudain, on ouvre les yeux parce que l'on sent une présence, et l'on voit juste en face de soi cette petite étoile blanche, rayonnante, la petite étoile sur le front du cheval qui est au centre du vaste cercle de l'espace sacré.

 

Apprendre et respecter l'espace sacré en soi et chez les autres qui nous entourent, c'est la base de l'éducation selon la spiritualité des amérindiens. Il y a cinq siècles, les hommes étranges à la peau blanche qui descendaient des bateaux sur la grande île de la Tortue - l'espace sacré qui allait devenir les États-Unis d'Amérique - ces hommes  apportaient avec eux trois choses mystérieuses et inconnues. Les chariots à roues, le Christ, et le cheval. Pour les peuples amérindiens, les roues ne pouvaient être autrement qu'horizontales, car chaque cercle délimite un espace sacré. Le Christ ne pouvait être autrement qu'une femme, parce que c'est toujours une femme qui donne la vie et qui nourrit. Toutes les grandes figures spirituelles sont féminines dans les traditions amérindiennes, de la Femme Bison Blanc des Lakota à Femme Changeante du mythe de création Navajo. Et le cheval ne pouvait être autrement qu'un animal sacré, car sous ses sabots, les êtres divins ont placé les pointes de flèche et l'arc-en-ciel, dans ses yeux une lointaine étoile qui perce la nuit, et dans ses jambes les éclairs qui vont d'un côté du ciel à l'autre en un instant. Pour les hommes médecines que j'ai rencontrés ces trois mystères étaient un. L'histoire raconte que, à l'origine de toutes les choses bonnes pour les humains, il y a Femme Changeante. Elle a posé au centre du Hogan circulaire un grand panier. Dans ce panier, elle a placé les germes de tous les chevaux, ils ressemblaient à des œufs, à des pierres précieuses blanches et pures, brillantes comme la nacre, noires comme l'onyx, bleues comme la turquoise. Femme changeante souffla, elle chanta un chant qu'elle connaissait, et voilà, tous les chevaux ont commencé à courir, et ils continuent à galoper en décrivant de grands cercles jusqu'aujourd'hui,  pour soutenir et porter leurs compagnons à deux jambes. Le cercle de médecine était reformé et le voilà qui apparaissait devant moi sous la forme d'une grande galette jaune avec un petit soleil stylisé au centre. Est-ce vraiment la réalité, où est-ce les divagations de mon imagination?

 

Je me disais à moi-même, toujours pour ne pas casser l'ambiance de la fête et de la galette, que finalement, nous ne savons pas très bien quelle est la nature de notre réalité ? Est-elle de nature hallucinatoire, comme le pensait l'apôtre du psychédélisme Terence McKenna, dont les recherches démontrèrent que notre propre cerveau sécrète lui-même la drogue hallucinogène DMT à partir de la glande pinéale ? La réalité est-elle uniquement l'instant présent que nous vivons? Est-elle une somme de pulsions et d'instinct ? Est-elle la réalité insouciante du petit garçon qui est sous la table et qui donne les noms des invités pour qu'ils reçoivent, tour à tour, leur part de galette à la frangipane? Est-elle la réalité que nous inventons? La réalité est-elle l'histoire racontée par les médias, dont les journalistes eux-mêmes disent qu'elle ne correspond à des faits démontrés qu'à environ 20 % ? Notre réalité est-elle de cuire à petit feu, tels des grenouilles dans la marmite du réchauffement planétaire? Ou bien, est-ce la réalité pragmatique du " il faut bien que je gagne ma vie, tout de même" ?

 

 

 

 

Lorsque j'étais dans les réserves amérindiennes, aux Etats-Unis, j'ai appris les principes de base d'un savoir tout simple de la nature : les traces, les pistes des animaux. L'empreinte laissée par un animal, la trace du sabot d'un cheval, c'est pour notre mental le signe incontestable de la réalité. Si il y a une trace de sabot, c'est qu'un cheval est passé, c'est là un fait indubitable pensons-nous. Et pourtant, là-bas, dans l'ombre d'un canyon, un homme - médecine me disait " les faits n'ont aucune importance. Les traces, c'est un détail. Les soi-disant preuves scientifiques, cela ne fait que t'embrouiller ".

Un détail? Mais non, pensais-je. Pas du tout. La trace, c'est la preuve que la réalité existe! C'est une preuve. On ne peut pas nier les preuves, tout de même. Nier les preuves, c'est nier les faits, et nier les faits, c'est refuser la réalité. Et mon interlocuteur d'insister : "Non, non, cela n'a pas la moindre importance. Le fait ne prouve rien. Les preuves, ça ne vaut pas plus que du crottin de cheval. Tu vois un crottin de cheval sur la route. Oui, sans doute, c'est qu'un cheval est passé par là. Mais que connais-tu de ce qui s'est vraiment passé. Que ressentait ce cheval? Où voulait-il aller?  Qui était son cavalier? Quel était son but? Peux-tu comprendre cela en regardant le crottin de cheval qui fume sur la route? Non, bien sûr. Mais c'est cela qui est important! C'est cela qui s'est réellement passé. Et bien tes fameuses preuves scientifiques, c'est pareil. Tu ne comprends rien de la réalité en regardant le crottin, pas plus que tu ne peux comprendre la réalité avec tes fameuses preuves scientifiques. Les preuves, c'est de la crotte. Les faits, cela n'a aucune importance. Ta médecine basée sur des preuves, cela ne vaut pas plus que du crottin de cheval."

 

Depuis que je travaille avec des assistants chevaux - des personnes sans aucun doute dotées d'une logique non-humaine - je commence à douter moi-même de l'importance des preuves et des faits. Ce dont nous avons vraiment besoin, ce n'est pas de "preuves" ou de "faits scientifiques", mais de réalités vivantes. Chacun de nous a besoin de connaître sa propre histoire, l'histoire de qui il est, d'où il vient. L'histoire de la création. L'histoire de sa communauté. L'histoire, par exemple,  de la renaissance de la lumière le jour du 6 janvier. L'histoire qui raconte notre naissance, notre croissance, le but et le sens de notre vie. Et c'est surtout quand nous sommes malades que nous avons besoin d'une histoire qui nous raconte pourquoi nous sommes tombés malades. L'histoire de notre maladie racontée par la médecine allopathique est une histoire qui nous dépossède de notre pouvoir personnel. Dans cette histoire basée sur de soi-disant "preuves", nous n'avons aucun rôle. Tout le pouvoir de guérison est transféré à l'institution médicale avec ses médicaments chimiques et ses procédures. Dans cette histoire racontée par la médecine scientifique, tout doit être rationnel, prouvé par des données scientifiques, fondé sur des faits. Il faut des traitements qui ont un effet démontré sur chaque symptôme. Et pourtant, le résultat du scanner, la preuve scientifique, ce n'est qu'une histoire basée sur un paradigme de pensée. La médecine scientifique n'est pas confortable avec les maladies sans "preuves", comme la fibromyalgies ou les états dépressifs. La science actuelle n'est pas en accord avec les thérapies énergétiques ou spirituelles, ou avec ce qui se passe pendant  la rencontre unique entre un humain et un cheval. Comme le disait le théoricien des sciences, Thomas Kuhn, la perception de notre réalité est fondée sur un paradigme, la présomption que nous savons comment le monde est constitué. Cette histoire ne pourrait-elle pas être remplacée par une autre? Finalement, les faits, cela pourrait bien ne pas avoir plus d'importance que du crottin de cheval.

 

Mon enseignante Linda Kohanov raconte dans son dernier livre l'histoire de Joe et Lesley Hutto**, un couple d'amoureux de la nature qui eurent la surprise d'être contactés par tout un troupeau de cerfs en pleine nature. Sur une période de sept années, par ces rencontres inhabituelles avec des animaux sauvages vivant en pleine nature, les conceptions des Hutto sur le comportement des animaux sauvages, leur intelligence et leur langage, et finalement sur la nature de la réalité, changèrent complètement. Au début, Joe et Lesley remarquaient des traces de grands cerfs tout autour de leur maison, isolée près d'une vaste forêt. Puis, ils voyaient souvent par la fenêtre de leur salon la tête d'une biche, dont le regard semblait les suivre au cours de leurs activités quotidiennes. Et un jour, alors qu'ils lisaient devant leur maison, une grande biche s'approcha spontanément d'eux, les regardant intensément et cherchant manifestement à prendre contact. De nombreuses rencontres et échanges s'ensuivirent pendant plusieurs années, d'abord avec cette biche, puis avec tout le troupeau, et enfin avec toute une génération de cerfs et de biches. Les expériences que les Hutto firent pendant cette période changèrent totalement leur vision du monde. Joe Hutto disait qu'il y eut tellement d'échanges avec les cerfs qu'il avait l'impression de quitter la réalité humaine pour devenir lui-même cerf, et que cette expérience transforma sa vie entière. Ils essayèrent de la transcrire en un livre " Touching the Wild " (En contact avec la nature sauvage, non traduit), puis par une série de documentaires sur la chaine PBS Nature.

 

Ce qui nourrit, ce sont les histoires, les histoires de la création, car elles évoquent les forces créatives.  Avec un cheval, comme avec toutes les forces de la nature, la réalité est sans aucun doute ce que nous créons.  Es-tu  convaincu que le cheval va porter son regard sur toi, s'attacher à toi, te suivre et galoper à coté de toi? C'est certainement ce qui va devenir ta réalité. Es-tu convaincue que ton cheval reflète toute la subtilité de tes émotions dans ses profonds yeux bruns, les fait résonner comme une corde tendue, et te révèle à toi-même? Eh bien, c'est tout à fait  la réalité que tu vivras.

 

Lors des rencontres avec le cheval dans l'espace sacré de la possibilité, il y a des images qui naissent spontanément, des images que nous pouvons incorporer dans une nouvelle histoire - l'histoire dont j'espère qu'elle sera plus compatible avec la guérison que l'ancienne.

 

Alors, mes vœux pour cette année, c'est que 2016 soit exactement telle que ton imagination la plus vivante te la décrit, une histoire dans laquelle s'expriment les talents cachés, les ressources inconnues et les réponses qui te font avancer.

 

Sylvain Gillier – Imbs

 

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